Algérie: Collectif des enseignants de la FSECSG/UMMTO

COMMUNIQUE N°09

La volonté pathologique des décideurs  de restaurer le système dictatorial d’Alger, lequel aura gouverné martialement le pays pendant 57 ans, en écartant le peuple de toute participation à  la décision politique, en le privant de toutes ses libertés, qu’elles soient individuelles ou collectives, en siphonnant les richesses du sol et du sous sol, en faisant la promotion sociale et politique  à  sa médiocre clientèle; en somme, en  néantisant la substance vitale du pays, est épouvantablement confirmée jeudi 12 décembre 2019, à l’occasion du carnaval électoral.

 Cette journée  du 12 décembre est et sera considérée pour toujours, une journée contre-révolutionnaire, du coup, exécrable et méprisable pour la mémoire collective. D’autant plus méprisable qu’elle aura permis aux décideurs de réaliser leur passage en force, de désigner sans états d’âme une nouvelle-ancienne présidence, et par voie de conséquence, de commettre un énième  coup d’État à  l’encontre du brave et noble peuple algérien, de  sa volonté admirablement pacifique de changer radicalement de système et de construire une nouvelle Algérie libre et démocratique. 

Cet énième coup d’État est réellement un aveu d’impuissance face à la puissance du mouvement populaire. Bien pire, il est l’expression de l’inénarrable rapport de mépris que les gouvernants entretiennent avec le peuple, de l’inénarrable divorce du pouvoir d’avec le peuple.

En clair, il est antinational sur  le plan politique, nul  sur le plan stratégique et outrageusement scandaleux sur le plan éthique. Le peuple en est parfaitement conscient. Il considère du reste que la nouvelle-ancienne présidence imposée  par la force est aussi inacceptable qu’illégitime. Elle est d’autant plus illégitime que : 

-premièrement, « le scrutin présidentiel » dont elle est issue n’est ni le choix ni la volonté  du peuple. Au contraire, depuis la convocation du corps électoral jusqu’à  la proclamation des résultats de ce scrutin, le peuple, étant massivement dans la rue, n’a pas cessé  de rappeler sagement, légitimement sa principale revendication: le démantèlement du système et de sa matrice idéologico-institutionnelle et la mise en place des mécanismes  d’une véritable transition démocratique ;

-deuxièmement, les conditions du déroulement du processus électoral ne sont ni normales, ni respectueuses des règles du jeu démocratique. Des questions, du reste, se posent: est-il concevable d’organiser des élections présidentielles contre la volonté du peuple? Est-il concevable d’organiser des élections présidentielles dans un climat de terreur  ( verrouillage du champ médiatique, menaces, intimidations, matraquages, manipulations, interpellations, arrestations, emprisonnements) ? La réponse est d’évidence non: on ne peut pas conjuguer la démocratie, qui est synonyme de transparence, avec le passage en force, qui est synonyme de violence et de déni de réalité ; 

-enfin, le nouveau -ancien président, ayant passé sa carrière politique dans le système et été le ministre de tous les gouvernements qui se sont succédé depuis 1991, ne peut être l’homme  de la situation; il est même synonyme de son aggravation. Septuagénaire, systémique et ayant participé à  la gestion contrebandière du pays pendant les 20 ans de règne de Bouteflika, ce président mal élu  ou désigné -ça ne change rien à  la question- ne peut prétendre présider aux destinées du pays valablement en opérant  les ruptures révolutionnaires requises par le peuple. La raison en est qu’on ne change pas d’habitus politique, de culture politique au crépuscule de sa vie en un  claquement de doigts. L’exercice est impossible. Par conséquent, on ne peut pas faire du neuf avec du Vieux. « Nous ne pouvons pas résoudre nos problèmes avec la même pensée que nous avons utilisée quand nous les avons créés »(Einstein).

L’Algérie, pays de jeunes, pour ses libertés,  pour sa démocratie, pour ses droits humanitaires,  pour son indépendance économique, pour son progrès économique et social, nécessite du sang nouveau, précisément un nouvel esprit, une nouvelle approche de l’exercice politique dans la perspective de bâtir de nouveaux rapports sociaux en harmonie avec les exigences du monde moderne. Ces aspirations exprimées par le peuple depuis le début de la dynamique révolutionnaire constituent le fondement même de la nouvelle république démocratique et sociale. 

En somme, la désignation de monsieur ‘‘X’’ ou de Monsieur ‘‘Y’’ appartenant au système, qu’a cela ne tienne, à la magistrature suprême  du pays n’est pas la solution à la grave crise que vit le pays, elle est inévitablement la reproduction du même, c’est à dire la reconduction du système, lequel aura créé artificiellement dans le pays une bourgeoisie compradore, qui pour  ses intérêts, entretient des rapports de dépendance avec le capitalisme criminel à  l’échelle mondiale. C’est ce rapport de dépendance vis-à-vis de l’extérieur qui a fait de l’économie nationale un simple input pour les économies capitaliste du centre et un grand ventre pour leurs outputs. C’est ce rapport de dépendance, étant réellement à l’origine du sous-développement économique et social du pays, qu’il faut dénoncer et combattre. La rupture avec ce système c’est la rupture avec ce rapport de domination.

            Nous, collectif des enseignants de la faculté des sciences économiques, partie prenante du mouvement révolutionnaire, considérons :

            -qu’en l’état actuel des choses, aucune élection n’a de sens. La transition démocratique en dehors du système est un préalable à tout processus électoral. Pour ce faire, les tenants du pouvoir réel doivent dans l’intérêt du pays cesser d’entraver les différentes initiatives porteuses de propositions de sortie de crise , et ce, en libérant les détenus du mouvement révolutionnaire, en respectant les libertés individuelles et collectives, en ouvrant le champs médiatique et les espaces de débat et de réunion ;

             -que la poursuite du combat est une nécessité vitale, d’autant plus que le mouvement rentre dans sa phase cruciale. Tous les secteurs doivent être mobilisés pour débattre, discuter et réfléchir sur les perspectives organisationnelles à donner au mouvement révolutionnaire en vue de son aboutissement ;     

-que l’implication et la participation de toutes les forces du mouvement révolutionnaire dans ces débats, ces échanges et ces réflexions sont une condition sine qua non à la construction d’un nouveau contrat social; ce nouveau contrat social constituera le document de référence de la transition démocratique.                       

                                                                                 UMMTO, le 17 décembre 2019