L’interception de la flottille face aux côtes grecques et l’enlèvement de ses activistes ont constitué de graves agressions commises par Israël dans les eaux européennes. Une fois libérés grâce aux protestations en cours, les activistes ont également été maltraités par les forces grecques. Pire encore, les forces sionistes détiennent en Israël Thiago Ávila et Saif Abukeshek, coordinateurs de la flottille. Il est nécessaire de mener une grande campagne mondiale pour leur libération.

Par Rubén Tzanoff

Un enlèvement qui a suscité un malaise et des actions

Les Forces de défense israéliennes (FDI) ont intercepté 22 navires et enlevé 179 activistes solidaires qui naviguaient au large des côtes grecques, en route vers Gaza pour une mission humanitaire. La brutalité de cette provocation, sous le nez de l’Union européenne (UE), a suscité une réaction rapide et une mobilisation en défense de la Flottille. Elle a également provoqué le malaise, voire la réaction de certains gouvernements.

Cela a eu un effet positif en empêchant que les activistes enlevés ne soient transférés vers des prisons israéliennes, comme cela s’était produit l’année dernière, où ils étaient restés enfermés pendant près d’une semaine. Cependant, deux camarades n’ont pas été remis aux autorités grecques dans le port du sud de la Crète : il s’agissait de Thiago Ávila et de Saif Abukeshek. Ce n’est pas un hasard, c’est le modus operandi sioniste : tenter de décapiter les dirigeants des organisations qui s’opposent à leurs plans génocidaires.

Lorsque la majorité des membres d’équipage a débarqué et a été conduite vers les bus pour être transférée à l’aéroport international d’Héraklion, ils se sont rendu compte que Thiago et Saif manquaient à l’appel et ont exigé leur libération. La réponse a été brutale.

Les autorités grecques se sont rendues complices

Les forces de police grecques ont réprimé brutalement nos camarades : 34 d’entre eux ont été blessés et certains ont dû recevoir des soins médicaux à l’hôpital de la région. Ce fut le corollaire d’une action complice qui a fermé les yeux sur la présence de navires de guerre au large de ses côtes, sur les actes de piraterie et sur les appels à l’aide des bateaux mis hors d’état de naviguer et laissés à la dérive face à une tempête imminente. Les propos de Cele et Raúl auront une grande valeur de témoignage.

En accord avec les ravisseurs, les forces grecques ont poursuivi les mauvais traitements, allant jusqu’à menacer d’expulser les activistes au lieu de les laisser quitter volontairement le pays, ce qui s’est finalement produit. Elles ont traité les victimes comme des délinquants et les agresseurs comme des amis.

Tortures, mensonges et transfert vers Israël

Pendant l’enlèvement par Israël, nos camarades ont été soumis aux pires conditions : abus d’autorité, manque d’eau, manque d’hygiène et tout ce qu’on peut imaginer, comme nous l’a dit Cele : « Nous avons passé deux jours horribles ». Les témoignages sont extrêmement graves et rendent compte des tortures subies par Thiago et Saif aux mains des FDI.

Ces agissements inhumains s’inscrivent dans la continuité des méthodes appliquées depuis 1948 à l’encontre des Palestiniens et de ceux qui les soutiennent. Il s’agit de terrorisme d’État, accompagné, comme toujours, de mensonges éhontés et de déformations de la réalité pour tenter de justifier l’injustifiable. L’État d’Israël a confirmé que nos deux camarades – sur la base de fausses accusations, comme à son habitude – sont détenus à la prison de Shikma à Ashkelon, au nord de Gaza, en Palestine occupée.

Qui sont Thiago et Saif ?

Tous deux sont des activistes et des coordinateurs de la Global Sumud Flotilla. Saif Abukeshek possède la nationalité suédoise et espagnole, où il réside depuis plus de deux décennies ; il est d’origine palestinienne, né dans le camp de réfugiés d’Askar, à Naplouse, en Cisjordanie. Il a toujours participé à des missions de solidarité dans différents ports de la Méditerranée, comme la Tunisie, la Sicile et la Crète.

Il est cofondateur en Espagne du Global Movement to Gaza, membre de la Communauté palestinienne de Catalogne et actuel porte-parole et dirigeant de la Global Sumud Flotilla. Il est également impliqué dans le milieu syndical et affirme que son action est strictement civile, rejetant les accusations d’Israël qui le lient au Hamas.

Saif et Thiago, à la conférence de presse lors des adieux à Barcelone.

À cette occasion, il n’avait pas l’intention d’entrer à Gaza, mais de participer en tant qu’observateur sur l’un des navires, en prenant des précautions pour éviter les zones à risque. Son épouse, Salli Issa, a souligné son engagement en faveur des causes humanitaires et son souci d’agir dans le respect de la légalité. Suite à son arrestation, elle a entrepris des démarches auprès des gouvernements espagnol et suédois, soulignant l’urgence d’agir avant un éventuel transfert vers le territoire israélien et dénonçant le manque d’informations sur le lieu où il se trouve.

Thiago Ávila est un Brésilien et un activiste international engagé dans les missions humanitaires, particulièrement impliqué dans la Flottille. Il promeut des actions directes non violentes pour dénoncer le blocage de Gaza. Les gouvernements espagnol et brésilien exigent la libération des deux activistes.

L’engagement de la LIS

Nos camarades à bord, Cele Fierro et Raúl Laguna, représentant le MST-Argentine et la Ligue internationale socialiste (LIS), ont immédiatement exigé la libération de Thiago et Saif, tout comme l’ont fait les organisations de la LIS sur les cinq continents, dans un large élan d’action commun avec différents secteurs. Et, lors de la manifestation du 1er mai à Buenos Aires, en Argentine, Alejandro Bodart, coordinateur de la LIS, a exprimé notre engagement envers la Palestine, la Flottille et la campagne pour la libération de Saif et Thiago : « Nous allons organiser une campagne mondiale pour leur libération et nous n’arrêterons pas tant que nos camarades ne seront pas libres. »

Nous avons déjà commencé à tenir notre engagement : il faut mettre sur pied la campagne unitaire pour la liberté de nos camarades, étendre et approfondir les actions, diffuser les déclarations et exiger des gouvernements qu’ils interviennent. Les autorités espagnoles et brésiliennes l’ont déjà fait, mais il ne s’agit pas seulement des autorités des pays d’origine de Thiago et Saif : tous les gouvernements doivent faire pression, principalement ceux de l’UE, puisque l’enlèvement a eu lieu à l’intérieur de leurs limites maritimes. Nous ne pouvons pas laisser des activistes solidaires être emprisonnés par des criminels de guerre et des auteurs de génocide contre le peuple palestinien. Nous exigeons également la libération de tous les Palestiniens emprisonnés dans les pires conditions ; luttons pour la libération de tous et celle de la Palestine, du fleuve à la mer, comme une cause de l’humanité.