Par Sonia Albornoz et Alberto Giovanelli

Partout dans le pays, des affrontements opposant divers secteurs aux politiques libérales que le gouvernement de Paz tente de mettre en œuvre se multiplient jour après jour.

En ce moment même, les enseignants ruraux de la région tropicale de Cochabamba mènent une grève de 48 heures et, ce lundi 11, ils ont bloqué la route principale menant à Santa Cruz. Dans la ville, les enseignants se sont mobilisés et ont défilé jusqu’à la Direction départementale de l’éducation (DDE) pour réclamer une augmentation du budget de l’éducation, une hausse des salaires, la création de postes et l’amélioration des infrastructures scolaires.

À Quillacollo, le corps enseignant a également appelé à un blocage des avenues Blanco Galindo et Víctor Ustariz, sur la route menant vers l’ouest du pays.

L’Administration bolivienne des routes (ABC) a signalé 25 points présentant des problèmes de circulation dans le pays en raison de blocages, ainsi que 40 autres coupures partielles dues à diverses mobilisations.

Les paysans aussi

Le secrétaire exécutif de la Fédération départementale unique des travailleurs paysans de La Paz « Tupak Katari », et l’un des principaux instigateurs des barrages, Vicente Salazar, a affirmé ce lundi que l’heure n’était plus au dialogue, mais que les mesures de pression allaient s’intensifier avec la demande de démission du président Rodrigo Paz.

«De nombreux dirigeants veulent se vendre. Nous appelons à la prise de conscience : ce n’est plus le moment de négocier ni de dialoguer. Le peuple s’est montré très sincère et sage, et aujourd’hui, il veut obtenir satisfaction, car il semble vraiment que le gouvernement ne nous représente plus », a déclaré Salazar.

Le dirigeant a rejeté l’appel du gouvernement à une réunion avec les autorités du département de La Paz, et a affirmé que la population ne voulait plus de dialogue.

« Personne ici ne va se rendre à la table des négociations »

« Un appel a été lancé, mais soyons bien honnêtes : les gens ne veulent même pas de dialogue. En réalité, ils en ont déjà assez du gouvernement, et nous constatons que si certains maires s’y rendent, la grande majorité n’y va pas », a-t-il déclaré.

« À tous mes frères ouvriers, mineurs, à tous ceux qui mènent ce combat, continuons d’avancer. Personne ici ne va se rendre au dialogue », a conclu Salazar.

Le dirigeant paysan a estimé que la demande de « toute la population » est la démission du président.

« Ce n’est pas moi qui le demande, ce n’est pas un dirigeant qui le demande, (mais) toute la population ; le cri révolutionnaire face à cette crise exige la démission du président Rodrigo Paz, il faut être très clair », a-t-il déclaré.

Paz, une succession de crises en un peu plus de six mois

Le conflit actuel avec les enseignants et les paysans s’inscrit dans la continuité d’autres conflits qui, ces derniers mois, ont accéléré la perte de crédibilité du gouvernement : les revendications de la COB, l’opposition à la hausse des prix des carburants, la paralysie due à la mauvaise qualité de ces derniers et la crise institutionnelle qui se reflète jour après jour dans les divergences quotidiennes exprimées par son vice-président Lara, constituent l’expression la plus aboutie de ce processus

Pendant ce temps, le MAS (Mouvement au socialisme) qui, pendant des années, a exercé une forte influence sur les secteurs aujourd’hui en lutte, est en proie à une lutte interne qui semble sans fin.

Avec de larges secteurs mobilisés, un gouvernement qui n’a d’autre proposition que d’appeler à des dialogues stériles où l’on explique sans cesse que la seule issue consiste à imposer davantage d’austérité aux secteurs populaires, il devient impératif pour nous, qui nous revendiquons anticapitalistes, socialistes et révolutionnaires, de nous mobiliser pour donner un nouvel élan aux luttes et commencer à débattre des mesures de fond dont le peuple a besoin et qui ne pourront venir que d’un gouvernement démocratique de paysans et de travailleurs issu des entrailles de l’État plurinational. Depuis la LIS (Ligue internationale socialiste), nous engageons tous nos efforts en faveur de ces objectifs.