Par Oda Cuentas

La généralisation de la peine de mort à l’encontre des Palestiniens en Israël marque un nouveau tournant dans la politique d’apartheid, de répression et de déshumanisation menée par le sionisme. Loin d’être un fait isolé, cela s’inscrit dans une escalade systématique de la violence étatique et paraétatique qui consacre un véritable permis de tuer. Il s’agit en outre d’une barbarie profondément raciste : elle n’instaure pas la peine de mort de manière universelle, mais la dirige contre une communauté opprimée. Il devient urgent de redoubler de dénonciation, de solidarité active et de lutte pour une issue fondamentale qui mette fin à l’occupation et ouvre la voie à une Palestine libre.

Champagne, potences et barbarie

Lundi 30 mars. Itamar Ben-Gvir, ministre du génocidaire Netanyahu, pimpant, grotesque tant dans la forme que dans le fond, brandit une bouteille de champagne avec une potence sur la poitrine. Il célèbre l’adoption d’un nouveau permis de tuer, désormais institutionnalisé, à l’encontre du peuple palestinien. Le Parlement israélien (Knesset) a franchi une nouvelle étape décisive dans sa politique répressive en faisant avancer l’adoption d’initiatives autorisant la peine de mort contre les Palestiniens accusés de « terrorisme ». C’est l’expression concentrée d’un régime qui, reposant sur l’occupation, la colonisation et le nettoyage ethnique, intensifie sans cesse ses mécanismes de domination.

Cela implique non seulement la possibilité d’exécutions légales, mais aussi un durcissement général de l’appareil répressif : des procès aux normes contestables, une pression accrue sur les détenus pour obtenir des aveux et un recours encore plus arbitraire à l’accusation de « terrorisme ». Dans un contexte d’occupation et d’inégalité structurelle, où les Palestiniens sont déjà confrontés à des détentions sans garanties pleines et entières, cette mesure aggrave l’asymétrie totale devant la loi. De plus, elle envoie un message politique clair aux FDI et aux colons : ils ont carte blanche, renforçant en fait une dynamique où la violence étatique et paraétatique s’amplifie sous le couvert de la légalité.

Ce n’est pas une exception, c’est la règle

L’institutionnalisation de la peine de mort s’inscrit dans une longue série de mesures législatives ouvertement discriminatoires. La loi dite « de l’État-nation » de 2018 a marqué un tournant décisif : elle consacre Israël comme « l’État du peuple juif », reléguant les Palestiniens au statut de citoyens de seconde zone, voire de population dépourvue de droits dans les territoires occupés.

À cela s’ajoutent des lois facilitant la confiscation des terres, la démolition des habitations palestiniennes et l’expansion des colonies illégales. Les détentions administratives, sans inculpation ni procès, sont devenues un outil courant, tout comme la criminalisation de toute forme de résistance, y compris la plus élémentaire.

Au-delà du cadre juridique, l’action du sionisme contre le peuple palestinien se caractérise par une pratique systématique de violations des droits humains qui ne trouvent même pas de fondement dans sa propre législation : exécutions extrajudiciaires, recours disproportionné à la force contre des civils, punitions collectives, restrictions arbitraires à la circulation et attaques récurrentes contre les habitations et les infrastructures de base. Dans des territoires tels que la Cisjordanie et la bande de Gaza, ces actions se déroulent dans un climat de quasi-impunité, sans véritables enquêtes ni sanctions, consolidant ainsi un contexte où la violence est non seulement structurelle, mais aussi ouvertement illégale, même au regard des propres normes de l’État israélien.

L’adoption actuelle de la peine de mort en Israël n’est ni un fait isolé ni exceptionnel, mais s’inscrit dans la continuité d’une politique historique d’exclusion et de violence à l’encontre du peuple palestinien. Elle confirme son caractère profondément discriminatoire : dans la pratique, cette loi s’applique uniquement aux Palestiniens, et non aux Israéliens, prolongeant et aggravant ainsi des pratiques déjà existantes.

Impunité des colons en Cisjordanie et dans les territoires occupés

En Cisjordanie et dans d’autres territoires occupés, la violence des colons israéliens a atteint des niveaux alarmants. Des attaques organisées contre des villages palestiniens, des incendies de maisons et de cultures, des agressions physiques et même des meurtres se succèdent avec une régularité effrayante.

Ces groupes agissent, en fait, comme des forces paraétatiques qui poursuivent la colonisation du territoire palestinien. Non seulement ils disposent d’armes et d’une protection, mais ils bénéficient souvent du soutien direct de l’armée israélienne.

L’impunité est la norme : les enquêtes sont inexistantes ou finissent par être classées sans suite, tandis que les milliers et milliers de victimes palestiniennes se retrouvent totalement sans protection. Ce double standard, répression extrême pour les Palestiniens, indulgence totale pour les colons, révèle le caractère structurellement raciste du régime.

Colons sionistes en Cisjordanie

Permis de tuer

L’introduction de la peine de mort vise à accentuer la déshumanisation du peuple palestinien. En légitimant la peine capitale à l’encontre d’une population opprimée, l’État israélien renforce l’idée selon laquelle la vie des Palestiniens est jetable. Les soldats, les policiers et les colons reçoivent un nouveau signal clair : la violence à l’encontre des Palestiniens n’est pas seulement autorisée, elle est encouragée par les plus hautes sphères du pouvoir. On assiste ainsi à la consolidation d’un véritable « permis de tuer », dans le cadre duquel les milliers et milliers de prisonniers palestiniens détenus dans les prisons israéliennes pourront être légalement assassinés. Selon les informations fournies par des organisations de défense des droits de l’homme, plus de 9 300 Palestiniens sont actuellement incarcérés dans des prisons israéliennes, dont au moins 350 mineurs et 66 femmes. Des vies qui sont aujourd’hui doublement menacées.

Cette nouvelle mesure a été largement contestée par les organisations internationales, qui la considèrent comme une grave violation des droits de l’homme. L’Organisation des Nations unies a réitéré dans de multiples résolutions son opposition à la peine capitale en toutes circonstances, tandis que des organisations telles qu’Amnesty International et Human Rights Watch dénoncent le fait que son application dans un contexte d’occupation et d’inégalité structurelle aggrave encore davantage la discrimination à l’encontre des Palestiniens. Des organismes régionaux et des experts indépendants ont averti que cette mesure non seulement enfreint les normes fondamentales du droit international, mais qu’elle renforce également un système judiciaire déjà largement contesté pour son partialité. Les prises de position internationales peuvent marquer le coup, mais il est nécessaire de passer des paroles aux faits : sans actions concrètes, elles se transforment en gestes vides de sens face à une réalité qui exige des réponses urgentes.

Ne cessons pas de parler de la Palestine

Face à ce scénario, la solidarité internationale occupe à nouveau une place centrale. Une grève générale s’est déroulée dans les territoires palestiniens pour rejeter cette mesure, accompagnée de mobilisations en Cisjordanie, où les manifestations ont été réprimées par les forces israéliennes. La réaction ne s’est pas limitée à la région : des actions de protestation ont eu lieu en Syrie et dans des villes comme Manchester et Milan, auxquelles d’autres viendront certainement s’ajouter dans les prochains jours. Ces manifestations, diverses dans leur forme mais concordantes dans leur contenu, témoignent d’un rejet mondial croissant face à une mesure qui aggrave la persécution du peuple palestinien.

En avril, une nouvelle flottille humanitaire se prépare à mettre le cap sur la bande de Gaza, défiant le blocage criminel imposé par le sionisme génocidaire et dénoncé par de multiples organismes internationaux. Depuis la Ligue internationale socialiste, nous prendrons à nouveau part à cette mission. Aujourd’hui plus que jamais, il est fondamental de redoubler d’efforts dans ces campagnes, de renforcer le mouvement de solidarité et d’exiger la fin immédiate de l’occupation. Car tandis que l’État d’Israël s’acharne à légaliser la mort, la tâche des peuples du monde est claire : rompre le silence, dénoncer la complicité des gouvernements et se ranger aux côtés de ceux qui luttent pour leur libération.

Une issue durable à tant de barbarie exige la défaite de l’État sioniste d’Israël, de ses partenaires impérialistes et de ses alliés régionaux. Seule une transformation profonde, impulsée par la base grâce à la mobilisation, l’organisation et la lutte des peuples, peut ouvrir la voie à une perspective différente : une Palestine unique, laïque, non raciste, démocratique et socialiste. C’est un défi énorme, qui nécessite de reconstruire un outil politique international capable d’unifier ces luttes et de les mener jusqu’au bout.