Par Gérard Florenson
Le 16 mai, le Comité exécutif de Lutte Ouvrière (LO) a rejeté la proposition du comité politique du NPA-R, envoyée le 12 avril, visant à mener une campagne commune pour les élections présidentielles de 2027. Le fait que Nathalie Arthaud, déjà deux fois candidate pour LO, se présente à nouveau dans le cadre de cette campagne unifiée ne pose aucun problème dans ce contexte.
La réponse de LO est claire et définitive : NON ! LO, qui se considère comme la seule « tendance prolétarienne » parmi toutes les organisations révolutionnaires, choisit d’agir seule. Nous sommes habitués depuis de nombreuses années à cette auto-affirmation sectaire qui se reflète, entre autres, dans l’absence de toute formation internationale : la soi-disant Union communiste internationaliste (UCI) est totalement dominée par la maison mère qui montre la voie à suivre à quelques petits groupes.
Cependant, les lacunes bien connues de LO ne devraient pas empêcher la formation d’un front électoral d’organisations révolutionnaires, chacune conservant sa propre identité et mettant en avant les points communs. Indépendamment des affirmations de LO, des candidatures communes lors des récentes élections municipales auraient amélioré les résultats, assuré davantage de mandats élus et accru leur visibilité. C’est ce que le Nouveau Parti Anticapitaliste-Révolutionnaires (NPA-R) fait valoir à juste titre, et ce que LO réfute sans présenter d’arguments convaincants.
Sans arguments solides, puisque LO évite soigneusement de débattre des stratégies de campagne proposées dans la lettre du NPA-R. Au lieu de cela, et c’est tout à fait scandaleux, LO énumère les trahisons passées de la Ligue communiste révolutionnaire et du NPA, accusant le NPA-R de poursuivre cette politique simplement en conservant l’acronyme NPA. Cette tactique est honteuse car les dirigeants de Lutte Ouvrière savent parfaitement que les cadres du NPA-R, dont certains sont issus de leurs propres rangs, n’ont aucune responsabilité dans les erreurs des « mandélistes », tout comme ils savent que les fractions les plus à droite de l’ancienne LCR se sont séparées par vagues successives et que ce qui restait de la direction historique, vaincu par le scepticisme et le possibilisme, a choisi de rompre avec le NPA. Mais au lieu de se réjouir que la majorité des camarades du NPA aient rejeté cette dérive et l’aient clarifiée en ajoutant « Révolutionnaire » au nom du parti, LO refuse tout débat sérieux et préfère l’anathème, les accusant de se limiter à un vague anticapitalisme qui se substituerait à une perspective communiste.
En effet, au-delà des désaccords traditionnels sur la place – qu’ils jugent marginale – des mouvements sociaux qui ne se concentrent pas exclusivement sur les luttes de la classe ouvrière industrielle et, par conséquent, sur celles qui s’opposent à des oppressions spécifiques, LO propose une explication pour justifier son retrait :
« La période actuelle se caractérise par la montée des idées réactionnaires et l’influence de l’extrême droite, y compris au sein de la classe ouvrière, dans un contexte de crise de plus en plus grave et de tensions croissantes. Mais elle se caractérise également par une certaine démoralisation de la classe ouvrière et par l’absence de réaction face à l’offensive que les capitalistes et le gouvernement mènent contre elle. »
Cela dit tout. La classe ouvrière est passive, ce qui justifie commodément les politiques des bureaucraties syndicales, qui s’en servent comme excuse pour ne pas participer à la lutte lors de chaque conflit. Bien sûr, ce jour viendra… mais jusqu’à ce qu’elle se réveille, les révolutionnaires doivent maintenir la flamme vivante et la protéger avec leurs propres mains. Heureusement, lorsque la véritable « minuit du siècle » est arrivée, les trotskistes n’ont pas choisi de se retirer et d’attendre des jours meilleurs…
Une vision défaitiste et partiale, qui ignore le soulèvement populaire en Bolivie, ainsi que la puissante grève des enseignants en Espagne, les multiples manifestations féministes à travers le monde autour du rejet des féminicides et du droit à l’avortement, la lutte radicale contre l’ICE aux États-Unis, au cœur de l’impérialisme : tout cela, sans aucun doute, n’est pas purement prolétarien pour LO.
Pour conclure sa lettre de refus d’une campagne commune, LO, qui n’a généralement aucun problème à obtenir les 500 soutiens nécessaires pour présenter son candidat (en 2022, Nathalie Arthaud a été la première à les obtenir), souhaite bonne chance au NPA-R et probablement à Révolution Permanente pour atteindre cet objectif. Elle l’exprime avec toute la cordialité qui s’impose, sur le ton d’une grande sœur qui encourage ses petites sœurs après leur avoir fait la leçon. Reste à voir ce qu’en penseront les militants et sympathisants de LO, étant donné qu’ils perçoivent parmi leurs amis, collègues et étudiants le désir de voir les révolutionnaires unir leurs forces.





