Par Juan José Villa – Dirigeant du MST bolivien

Pendant 50 jours, une alliance entre ouvriers, paysans et population a pris le contrôle des principales rues et routes du pays. La circulation routière et le commerce, ainsi que l’approvisionnement en denrées alimentaires et en médicaments, ont cessé de dépendre du gouvernement pour passer entre les mains du pouvoir naissant des bases mobilisées. L’Assemblée législative, la Cour suprême de justice, voire l’organe électoral, ont été ignorés. La lutte scandait haut et fort le slogan « Démission de Rodrigo Paz ! » et le principal organisme qui a unifié les mobilisations et les blocages était la Centrale ouvrière bolivienne (COB), menée par le prolétariat minier, reconnue et renforcée par les organisations de milliers de paysans et de secteurs populaires.

La force de la lutte a posé le problème de la prise du pouvoir et de la révolution sociale, mais la direction bureaucratique de la COB a refusé d’assumer la tâche colossale que l’histoire avait placée entre ses mains et a trahi en signant un pacte avec le gouvernement. C’est la deuxième grande trahison de cette direction à la tête de l’organe du double pouvoir des masses. Cependant, l’issue définitive n’est pas encore écrite. La Bolivie poursuit un processus révolutionnaire qui laisse entrevoir un prochain combat pour lequel il est déterminant de réorganiser les forces.

Nous développons ci-après le contexte, ainsi que le bilan et les perspectives de cette épopée révolutionnaire des masses.

LA NOUVELLE MONTÉE RÉVOLUTIONNAIRE : DE « ARCE DÉGAGE ! » À « PAZ DÉGAGE ! »

Le gouvernement du MAS, dirigé par Luis Arce Catacora, a déçu les masses en appliquant un plan d’austérité draconien et pro-impérialiste ; il a aggravé la crise économique et sociale en faisant flamber les prix du panier de la ménagère[1]. La monnaie a subi une dévaluation drastique face à la pénurie de dollars, ouvrant la voie à un marché parallèle où le cours a atteint jusqu’à trois fois la valeur officielle, passant de 6,96 bolivianos à 20 bolivianos. Dans le même temps, la crise de la politique économique extractiviste a éclaté, épuisant de manière alarmante les réserves d’hydrocarbures qui ont commencé à se raréfier, tout comme les carburants, ce qui a encore renchéri les transports, l’alimentation, les médicaments et le coût de la vie de la classe ouvrière.

Le 12 août 2024, la Fédération paysanne Túpac Katari, mouvement contestataire regroupant les combatifs « Ponchos Rojos » de La Paz, décide de se battre pour obtenir la démission d’Arce[2]. Les manifestations s’intensifient et l’année 2025 devient explosive. Les transporteurs descendent dans la rue face à la pénurie de carburant, les employés des hôpitaux publics et les enseignants se mobilisent pour leurs salaires en exigeant un budget accru pour la santé et l’éducation, les organisations syndicales et les associations de quartier protestent contre la hausse du dollar et le renchérissement du coût de la vie. Tous s’unissent pour lutter sous le slogan lancé par les « Ponchos Rojos » : « Dehors Arce ! » [3]

Les masses ont identifié comme responsables de la crise non seulement Arce, mais aussi l’ensemble du MAS, y compris Evo Morales. La montée en puissance des manifestations sociales a été déterminante dans la débâcle de ce parti, mettant le gouvernement au bord de la chute ; c’est une nouvelle vague révolutionnaire qui a émergé, et non le soi-disant glissement vers la droite du pays tant vanté par les cadres du MAS.

LE XXXIIIe CONGRÈS DES MINERS ET LA RÉORGANISATION DU PROLÉTARIAT

Dans ce contexte, les bases des mineurs salariés se sont organisées contre la politique de démobilisation du dirigeant de la COB, Huarachi, cadre politique lié au MAS, et ont tenu en mars 2025 le XXXIIIe Congrès de la Fédération syndicale des travailleurs des mines de Bolivie (FSTMB). Ils ont voté un document politique[4] exigeant de retrouver l’indépendance de classe et de construire leur propre Parti des travailleurs[5], en rejetant ouvertement l’arcisme, l’evisme et la droite traditionnelle. Enfin, ils ont élu une nouvelle direction, inexpérimentée et bureaucratique, mais dotée du mandat de rétablir le rôle d’avant-garde du prolétariat et de lutter pour la tenue du Congrès de la COB, tant reporté. La bureaucratie ouvrière conciliatrice a commencé à trembler.

Ce congrès a marqué un tournant historique dans la rupture du prolétariat minier avec le MAS, après 20 ans de domination de ce dernier, et a ouvert la voie à une réorganisation par la gauche. Une occasion de construire une direction révolutionnaire à partir des bases de la FSTMB.

LE DÉTOUR ÉLECTORAL DES LUTTES

Au moment de l’unification des luttes contre Arce, Evo Morales a tenté de surfer sur les mobilisations avec pour principal mot d’ordre de valider sa candidature à la présidence, une agitation qui trouvait un écho au sein des bases du Chapare. Mais il a été rejeté par la grande masse qui protestait contre Arce. L’évisme a fini par s’opposer aux mobilisés au lieu de s’opposer au gouvernement. Sa mobilisation s’est transformée en une réponse contre-révolutionnaire en faveur d’Arce.

C’est ainsi que les paysans originaires du nord de Potosí ont rompu catégoriquement avec Evo[6]. La population ouvrière de Llallagua[7] et de Vinto a également exprimé son rejet dans les rues et lors des assemblées populaires, tout comme les Ponchos Rojos des 20 provinces de La Paz. La mobilisation du peuple travailleur a vaincu l’évisme, mais au prix d’une interruption de la lutte principale pour le « Dehors Arce ! »

Au mois de juin, les directions menées par les Túpac Katari ont changé de ligne en orientant leurs bases vers le renversement du gouvernement par la voie électorale et non plus par l’action directe. C’est ainsi que les luttes ont été détournées vers les urnes. Mais il ne s’agissait que d’un détournement, et non d’une défaite : les forces de la base attendaient un prochain combat.

LE XVIIIe CONGRÈS DE LA COB

Le XVIIIe Congrès de la COB s’est tenu en octobre 2025, sous l’impulsion du prolétariat minier, dans le contexte d’un reflux électoral des luttes. Le document politique est influencé par le collaborationnisme de classe des directions bureaucratiques liées aux vestiges du MAS qui se maintenaient encore dans plusieurs syndicats et qui ont profité du reflux pour imposer leur orientation collaborationniste en arguant que le pays vivait la « résurgence de la droite » et que la candidature de Rodrigo Paz constituerait une « alternative sui generis »[8], sans préciser qu’il y avait eu un soulèvement de masse contre Arce, que ce processus avait conduit à la reconquête de la FSTMB, et qu’en réalité, une nouvelle vague révolutionnaire se profilait, qui poserait à la COB le problème du pouvoir, comme le soulignaient les thèses du Mouvement socialiste des travailleurs (MST)[9].

Cependant, le processus révolutionnaire a marqué de son empreinte les votes finaux, a entériné les résolutions du congrès des mineurs, a imposé de retrouver l’indépendance de classe et de ne soutenir aucun gouvernement bourgeois au pouvoir, rompant ainsi avec les thèses antérieures du MAS, et a déterminé la construction du propre parti des travailleurs de la COB. Le règne de sept ans de Huarachi fut renversé et une nouvelle direction fut élue, bureaucratique certes, mais déterminée à mobiliser.

RODRIGO PAZ ET EDMAND LARA REMPORTENT LES ÉLECTIONS GRÂCE À UN DISCOURS POPULISTE

Les élections du premier tour traduisent la montée révolutionnaire, les votes nuls et blancs devenant la deuxième force politique du pays[10], battant le candidat de la droite intransigeante, Tuto Quiroga, ainsi que le MAS qui, faute de voix, a failli perdre sa personnalité juridique.

Rodrigo Paz et son vice-président Edmand Lara remportent le premier tour grâce à un discours de front populaire, avec des promesses d’octroi de nouvelles allocations, la défense des acquis sociaux et le maintien des subventions sur les denrées alimentaires et le carburant. Ils n’ont en aucun cas recouru à un discours de droite, s’adaptant au nouveau processus de montée en puissance des masses, dans une campagne truffée de mensonges pour gagner des voix.

En d’autres termes, les masses ne se sont pas tournées vers la droite comme l’affirmaient les cadres politiques du MAS et les intellectuels indigénistes, mais la candidature de Paz a dû se déguiser en candidate de gauche pour l’emporter, car dans le nouveau processus révolutionnaire, il n’y avait pas de place pour la droite. C’est ainsi qu’au second tour, les votes nuls et blancs se sont ralliés à cette candidature, écrasant par le nombre de voix le candidat de droite Tuto Quiroga.

LA GRÈVE GÉNÉRALE DE DÉCEMBRE-JANVIER ET LE DOUBLE POUVOIR NAISSANT DE LA COB

Le nouveau gouvernement bourgeois est investi le 8 novembre 2025. D’emblée, il renonce à ses promesses populistes pour s’aligner ouvertement sur les plans de l’impérialisme américain dirigé par Donald Trump. Il supprime l’impôt sur les grandes fortunes, met en œuvre les mesures d’ajustement du FMI au détriment de l’économie des majorités travailleuses et promulgue le décret suprême n° 5503, comportant plus de 120 articles qui facilitent la cession des ressources naturelles aux sociétés impérialistes.

Les masses qui s’étaient mobilisées contre Arce ont conservé toutes leurs forces intactes et n’étaient pas disposées à supporter un nouvel ajustement pro-impérialiste, et encore moins le pillage du pays. Les bases ouvrières et paysannes organisent des assemblées au sein de leurs organisations respectives. La Fédération minière décide, le 18 décembre, de se rendre à la réunion élargie de la COB avec la proposition d’une grève générale. L’assemblée élargie de la COB, le vendredi 19 décembre, rassemble les délégués ouvriers et paysans du pays et décide de convoquer une grève générale illimitée contre le décret-loi n° 5503. La grève débute le lundi 22 décembre. Les travailleurs passent Noël et le Nouvel An à se battre dans les rues. À peine un mois et quelques jours après son entrée en fonction, le gouvernement de Paz se trouve au bord de la chute.

En janvier 2026, l’alliance entre ouvriers, paysans et peuple se renforce. Les organisations Túpac Katari, CSUTCB, FEJUVEs d’El Alto, ainsi que les confédérations syndicales, toutes représentées au sein de la COB, renforcent la grève générale menée par les mineurs salariés, et le slogan « Dehors Rodrigo Paz ! » s’élève de la base.

La lutte s’est soldée par une victoire retentissante. Le décret capitulard a été rejeté. La COB a cessé d’être un simple syndicat ; elle a retrouvé son rôle historique de centre populaire et d’organe de pouvoir dual. Les masses ont estimé qu’il était possible d’aller plus loin ; que leurs forces suffisaient non seulement à abroger un décret, mais aussi à faire échouer l’ensemble du plan d’austérité et à renverser par la voie révolutionnaire le gouvernement de droite qui, lors des élections, s’était déguisé en gauche.

UN GOUVERNEMENT QUI SE MAINTIENT GRÂCE À LA TRAHISON DE LA DIRECTION DE LA COB

Cependant, la direction de la COB a conclu avec les ministres de la Paix un accord préliminaire d’abrogation et a ordonné de lever les barrages routiers, arguant que la grève n’avait été convoquée que contre le décret-souverain n° 5503. Les bases paysannes, en désaccord, ont puni leurs dirigeants à coups de fouet et ont pourchassé à coups de fouet la voiture du principal dirigeant de la COB[11].

Ce fut la première trahison de la direction composée de Mario Argollo, dirigeant de la COB ; Vicente Salazar, dirigeant des Túpac Katari ; et Andrés Paye, dirigeant de la FSTMB, pour ne citer que les principaux. Finalement, le 12 janvier, l’abrogation du décret-loi n° 5503 étant acquise, l’ordre de lever les barrages fut respecté.

À partir de ce moment-là, Rodrigo Paz ne s’est plus appuyé sur ses propres forces, mais sur la direction d’un organisme antagoniste de classe, la COB. Le gouvernement en crise avait rompu ses relations avec le vice-président Lara (qui critiquait ses mesures d’austérité) et avait annulé plusieurs de ses attributions par décret. La bureaucratie dirigée par Argollo s’est contentée de donner des conseils à Paz, à Lara et au Parlement pour qu’ils « gouvernent pour le peuple » et s’est mise d’accord avec le gouvernement sur le décret suprême n° 5516[12] imposant la hausse du prix de l’essence, acceptant ainsi la campagne bourgeoise selon laquelle la crise économique trouvait sa raison d’être dans les subventions publiques aux carburants.

Le répit accordé par la bureaucratie ouvrière et paysanne a permis à Paz de se remettre sur pied pour un nouveau paquet de lois. La suppression des subventions aux hydrocarbures s’est concrétisée par une flambée du prix des transports publics ; la subvention sur la farine a été supprimée, entraînant une flambée du prix du pain ; une campagne visant à mettre en faillite les entreprises publiques a été lancée, ouvrant la voie à leur privatisation respective ; le gouvernement, de concert avec la droite parlementaire, a fait avancer le projet de loi anti-blocages afin de se prémunir contre de futures mobilisations.

La goutte d’eau qui a fait déborder le vase a été la loi n° 157 sur la propriété foncière, renforcée par la loi n° 1720 sur la conversion des terres, qui permettait à l’oligarchie de s’emparer des terres des petits paysans et des territoires autochtones. Parallèlement, il a manifesté son rejet total des assemblées paysannes et du cahier de revendications de la COB, qui portait principalement sur les salaires.

Mais, comme tout gouvernement bourgeois soutenu par la direction d’une organisation antagoniste de classe, il est si faible dans les faits que cela constitue le prélude à un nouveau soulèvement révolutionnaire.

LE CONSEIL PAYSAN ET L’ATTENTE D’UNE DIRECTION DU PROLÉTARIAT

Le 11 avril, dans la ville d’El Alto, s’est tenu le conseil paysan sous la houlette des bases de la Fédération Túpac Katari et de la CSUTCB. Les dirigeants ont rétabli leur autorité en endurant les coups de fouet de leurs bases lors de la lutte de janvier. Le conseil a décidé ce qui suit :

1 – Suppression de la rente viagère versée aux anciens dirigeants qui perçoivent 33 000 bolivianos par mois sans rien faire.

2 – Réduction de 50 % du salaire des parlementaires qui perçoivent plus de 20 000 bolivianos par mois pour un travail à mi-temps.

3 – Attribution de titres de propriété foncière au secteur paysan.

4 – Restitution des terres concédées.

5 – Abrogation de la loi n° 157.

6 – Rejet du système judiciaire.

7 – Respect de l’Assemblée législative par le peuple bolivien, respect du président envers le peuple bolivien.

8- Suppression du projet de loi anti-blocages.

9 – Délai de 15 jours accordé au gouvernement pour se conformer aux résolutions du conseil municipal.

10 – Démission de l’ensemble du pouvoir exécutif et législatif en cas de non-respect des résolutions.

Les paysans ont exprimé leur rejet catégorique non seulement à l’égard du gouvernement, mais aussi du système judiciaire et de l’Assemblée législative, et leur ont accordé un délai de 15 jours pour se conformer aux résolutions, faute de quoi ils entameraient la lutte pour obtenir la démission des pouvoirs exécutif et législatif.

Le délai a expiré le 26 avril. Cependant, bien que plusieurs dirigeants agraires aient vivement critiqué la COB lors du conseil, le mouvement paysan de base a attendu que la COB organise son propre conseil prévu le 1er mai et appelle à la grève générale pour lancer la lutte unifiée.

Ce geste des bases rurales a permis au prolétariat de prendre la tête de la deuxième phase de la lutte contre le gouvernement.

LA COB ET LE DÉBUT DES 50 JOURS DE LUTTE

Le 1er mai, le conseil de la COB a déclaré une grève générale illimitée pour réclamer une augmentation salariale, une retraite à 100 % du salaire, la défense des terres paysannes contre la loi 1720, le rejet de la privatisation de l’éducation et de la santé, la lutte contre les licenciements, la flexibilisation du travail et la politique fiscale à l’égard des syndicats ; elle exige de remédier à la pénurie de carburant ainsi qu’à la pollution de l’essence, et fait sienne la liste de revendications paysannes, entre autres.

Du côté des délégations minières, on entend des cris exigeant la démission de Rodrigo Paz, mais la direction d’Argollo subordonne cette demande à l’octroi d’un délai au gouvernement pour qu’il réponde aux revendications, puis, s’il ne le fait pas, à l’exigence de sa démission.

Mais cette politique de conciliation était déjà mise en œuvre depuis le mois de janvier. Les bases ouvrières et paysannes prennent le pas sur leurs directions et, dès la première semaine de lutte, unifient tous les secteurs sous un seul mot d’ordre : « Démission de Rodrigo Paz ! »

LE PACTE DE NON-TRAHISON ET L’ALLIANCE OUVRIÈRE, PAYSANNE ET POPULAIRE

Le 6 mai, les dirigeants ouvriers, paysans et des secteurs populaires sont contraints par la base à signer le document intitulé Pacte de non-trahison. Les propos tenus par Argollo lors de la conférence de presse de ce jour-là décrivent très bien la situation :

« Nous avons été remis en question, sanctionnés, nos autorités provinciales ont été fustigées, car (les bases) ont pensé que nous nous étions vendus. Le gouvernement a eu l’occasion de se réconcilier avec la population, de pouvoir œuvrer pour tous les Boliviens, pour ceux qui l’ont porté au pouvoir, pour ceux qui ont voté pour lui, et malheureusement, aujourd’hui, il travaille et adopte des lois en faveur de certaines familles influentes de ce pays, de la classe des entrepreneurs, des agro-industriels, des banquiers, des millionnaires de ce pays. Et malheureusement, pour le peuple, rien : des lois de la faim, des lois de la misère. Le panier de la ménagère ne s’améliore pas ; pour le carburant, ils ont supprimé la subvention et nous ont imposé de l’essence de mauvaise qualité.[13]

En ce sens, la patience du peuple a ses limites ; c’est pourquoi, dans cette salle, il a été décidé, entre plusieurs organisations, pour tous les secteurs, et pas seulement à la tête de la Centrale ouvrière bolivienne ; à la tête de la CSUTCB, à la tête des 20 provinces, des camarades des transports, des Interculturels, du CONAMAQ, des comités de quartier et d’autres secteurs qui se joignent à cette revendication. C’est dans ce sens qu’il a été décidé de former une Alliance pour la Bolivie (…) Il a été décidé de conclure ce Pacte de non-trahison ; ainsi, si le président n’a pas la volonté de trouver une solution, il devra partir, camarades. »[14]

Ce faisant, la base a pris le pas sur sa direction, non pas en la destituant, mais en l’exhortant à se battre, à aller plus loin que ce qu’elle souhaitait. Les propos de Vicente Salazar, des Túpac Katari, décrivent cette conclusion : « Le peuple nous a dépassés, il en a assez de ce gouvernement, et la seule revendication des 20 provinces est la démission de Rodrigo Paz. (…) Une alliance est en train de se nouer avec tous les secteurs ; le mécontentement ne vient pas seulement d’un secteur, mais de l’ensemble de l’État plurinational de Bolivie (…) le peuple s’est déjà soulevé et est en colère, et il exige aujourd’hui la démission des quatre organes de l’État »[15].

Le processus révolutionnaire n’a pas seulement remis en cause l’exécutif, mais l’ensemble des institutions bourgeoises et oligarchiques ; comme l’a souligné Salazar, on lutte également pour la « démission des quatre organes de l’État ».

LE DOUBLE POUVOIR EN MAI ET JUIN

« Aujourd’hui, ce sont les bloqueurs qui gouvernent la Bolivie »[16] (Agustín Zambrana, vice-président du Comité civique Pro Santa Cruz. 30 mai 2026).

Pendant 50 jours, l’alliance des ouvriers, des paysans et du peuple a pris le contrôle des principales rues et routes du pays au cri de « Démission de Paz ! » À la tête de la FSTMB et de la fédération Túpac Katari, de la CSUTCB, de la CONAMAQ, des organisations interculturelles, des centrales ouvrières départementales, du corps enseignant urbain et rural, des comités de quartier d’El Alto et de La Paz, ainsi que des organisations syndicales, toutes centralisées au sein de la COB et y disposant d’une représentation organique. Même de petits secteurs non affiliés, dits « auto-convoqués », se sont joints au mouvement en reconnaissant le leadership de la COB. La méthode de lutte consistait en des barrages routiers et des mobilisations de protestation dans les principales villes. Le rapport de police du 26 mai faisait état de 150 points de barrage dans tout le pays[17]. La circulation routière et commerciale, ainsi que l’approvisionnement en denrées alimentaires et en médicaments, ont cessé de dépendre du gouvernement pour passer entre les mains des bases mobilisées. L’Assemblée de la COB du 31 mai, puis le conseil populaire du 2 juin qui s’est tenu dans la ville d’El Alto, ont décidé d’ouvrir un couloir à cette fin. La lutte s’en trouvait ainsi renforcée et le pouvoir dual devenait de plus en plus évident.

Il ne s’agissait pas d’une lutte qui se contentait de mettre des obstacles à la gouvernance de Rodrigo Paz, mais qui organisait pratiquement un gouvernement alternatif dans les rues et sur les routes. Et ce n’était pas un processus anarchique petit-bourgeois, mais la concrétisation de son pouvoir naissant au sein de l’organisation mère des travailleurs, la COB, une institution ouvrière transformée par les masses en organe du double pouvoir.

Rodrigo Paz et le Parlement ont fait marche arrière, ont abrogé la loi n° 1720 sur la conversion des terres et ont abandonné l’examen de la loi anti-blocages. L’exécutif a promis une prime aux enseignants et a annoncé qu’il réduirait son salaire ainsi que celui de tous ses ministres, comme l’avait exigé l’assemblée générale du 11 avril, bien que cette dernière mesure n’ait été qu’un mensonge destiné à appeler au dialogue et à démobiliser. Mais cela n’a pas fonctionné. Lors des assemblées et des réunions du 1er juin, la base a décidé de ne participer à aucun dialogue avec le gouvernement et reste ferme sur sa demande de démission.

Le 24 mai, le Comité civique Pro Santa Cruz, organe de l’oligarchie pro-impérialiste, a publié une déclaration intitulée « Dernier avertissement au président Rodrigo Paz et à son gouvernement » dans laquelle il reconnaît l’existence d’un vide du pouvoir et affirme que, pour y remédier, l’état d’exception devait être déclaré, faute de quoi il interviendrait lui-même pour lever les blocages[18]. Cette déclaration a attisé le fascisme de l’Union de la jeunesse de Santa Cruz.

Mais le gouvernement avait déjà instauré un état d’exception de facto en déployant deux offensives policières et militaires contre El Alto et les barrages de l’ouest, sur les routes de La Paz, d’Oruro et de Cochabamba. Au cours de ces deux offensives que le gouvernement a déguisées en « couloir humanitaire », l’appareil répressif de l’État, mené par les caravanes du ministre Zamora, a fini par prendre la fuite face aux points de blocage[19]. Le double pouvoir ouvrier et paysan a triomphé dans l’ouest du pays, venant à bout des gaz lacrymogènes et des balles à l’aide de dynamite, de bâtons et de pierres.

Mais l’oligarchie croyait dominer l’est. Le gouvernement, aux côtés du Comité civique Pro Santa Cruz, a donc lancé le 6 juin une troisième offensive pour écraser physiquement les manifestants à San Julián, dans la commune de Santa Cruz de la Sierra. La police et l’armée ont escorté l’Union des jeunes de Santa Cruz et leur ont fourni des armes à feu et des gaz lacrymogènes. C’est ainsi qu’ont commencé le pillage des maisons et les agressions contre les habitants. En d’autres termes, une offensive fasciste s’est déroulée.

Immédiatement, la population de San Julián s’est organisée[20]. La mobilisation s’est amplifiée, les barrages se sont intensifiés et les bandes fascistes ont dû fuir le territoire avec les militaires. [21] Les policiers ont dû abandonner la caserne de la région, qui a été prise d’assaut par les masses[22].

La puissance de l’Alliance ouvrière, paysanne et populaire a démontré qu’elle contrôlait non seulement l’ouest, mais aussi l’est du pays. Le gouvernement, l’oligarchie et l’ingérence impérialiste de Donald Trump ont été totalement vaincus.

LE PROBLÈME DE LA PRISE DE POUVOIR ET LA TRAHISON DES DIRIGEANTS

Avec trois offensives militaires et fascistes repoussées, l’oligarchie admettant le vide du pouvoir et reconnaissant que, s’il y a un gouvernement, c’est celui des bloqueadores[23] ; avec une base paysanne qui a décidé que le prolétariat mènerait la lutte, avec un organisme ouvrier, la COB, qui a centralisé les organisations de travailleurs des campagnes et des villes, la question de la prise du pouvoir se posait clairement et sa résolution était à portée de main.

« Tout le pouvoir à la COB et aux organisations en lutte ! » était le mot d’ordre qui manquait pour approfondir l’épopée révolutionnaire. L’objectif d’un pouvoir ouvrier, paysan et populaire, à travers ses organes concrets en lutte, était déterminant pour faire prendre conscience au gouvernement alternatif naissant qui existait déjà dans les rues et sur les routes. Ainsi, l’autosuffisance qui émergeait déjà grâce aux couloirs d’approvisionnement aux points de blocage et l’autodéfense victorieuse qui avait vaincu les militaires et les bandes fascistes se seraient renforcées sous le commandement de la classe ouvrière organisée.

Les rapports sur le moral des soldats étaient favorables à la lutte. Des paysans d’Omasuyos et de Chayanta informaient les cadres du Mouvement socialiste des travailleurs (MST) de l’accord conclu par les bases militaires de ne pas tirer sur le peuple si l’état d’urgence était déclaré. C’est précisément pour cette raison que les offensives militaires du gouvernement ont été repoussées. Ce processus s’étendait aux 20 provinces de La Paz et tendait à gagner en popularité au niveau national. Dans cette situation, un appel à la révolution aurait pu inciter les soldats non seulement à sympathiser, mais aussi à se mobiliser définitivement aux côtés des ouvriers et des paysans, à condition que la stratégie du pouvoir leur soit présentée de manière catégorique.

Mais la direction ne voulait pas approfondir la lutte ; au fond, elle ne voulait pas renverser le gouvernement par la voie révolutionnaire. Lorsque le camarade J du MST a interpellé le dirigeant de la FSTMB, Paye, pour qu’il lutte en faveur d’un gouvernement ouvrier et paysan de la COB, celui-ci a répondu qu’il n’était pas d’accord pour « se lancer dans une aventure ». Lorsque le camarade JV du MST a pris la parole lors de la réunion élargie de la COB du 31 mai et a interpellé l’ensemble de la direction pour qu’elle mène la COB à la prise du pouvoir, celle-ci a refusé d’assumer cette proposition révolutionnaire.

Au sein du Comité de grève de la COB du 31 mai, dont faisait partie le camarade JJ du MST, la délégation des mineurs de Huanuni et de Colquiri a fait part d’un fait incontestable : lors des marches massives de la dernière semaine de ce mois-là, ils avaient réussi à briser le cordon policier autour de la Plaza Murillo, où ils avaient tenu bon pendant 45 minutes de combat face aux agents chimiques et avaient vaincu l’adversaire ; ils avaient lancé un appel à tous pour qu’ils entrent en masse, mais en se retournant, ils avaient constaté que les paysans et les comités de quartier s’étaient dispersés à cause des gaz lacrymogènes. Les mineurs se sont retrouvés seuls en première ligne. Le rapport concluait : « S’ils ne s’étaient pas dispersés, la lutte aurait pris fin à ce moment-là, et nous aurions atteint notre objectif. » Ils ont critiqué le manque d’organisation des manifestations qui encerclaient le périmètre du palais du gouvernement. Et en effet, la direction du Pacte de non-trahison n’a mis en place aucune stratégie commune pour prendre le siège du pouvoir, ce qui constituait la dernière étape manquante, laissant ainsi la base et les cadres intermédiaires livrés à eux-mêmes.

Dans la pratique, la direction a appliqué sa véritable ligne politique : épuiser les forces des masses par cinquante jours de blocage et de manifestations sans orientation vers le pouvoir, puis profiter de cette fatigue pour conclure une fois pour toutes un accord avec Rodrigo Paz. Et c’est précisément ce qui s’est produit. En raison de cette politique, le droit de grève dans les mines n’a pas été garanti, ce qui a contraint le prolétariat à se débrouiller pour prendre la tête de la lutte, en assurant d’un côté les quarts de travail et, de l’autre, en envoyant des délégations de mineurs aux barrages et aux mobilisations au siège du gouvernement.

Au cours de ces 50 jours, plusieurs directions ont trahi la cause, à l’instar des confédérations des enseignants des zones urbaines et rurales qui se sont vendues pour une maigre prime annuelle, mais des secteurs de leurs bases sont restés mobilisés à La Paz. La direction qui a ouvert la voie à la démobilisation fut celle de la Confédération des ouvriers de l’industrie et de sa fédération départementale de Cochabamba, qui a conclu un accord avec le gouvernement, accord qui a vidé de leur sens ces 50 jours de lutte en s’opposant à la demande de démission de Paz. Cette direction des ouvriers de l’industrie, composée de bureaucrates qui occupent leur poste depuis 20 ans, depuis l’ère du MAS, a fait fi des décisions prises lors des assemblées élargies de la COB et des assemblées de l’alliance ouvrière, paysanne et populaire, au profit du maintien du gouvernement de droite.

Enfin, les 17 et 18 juin, les dirigeants miniers de Colquiri et de Huanuni, qui constituent les principales bases ouvrières en lutte, sont parvenus à un accord avec le gouvernement, ouvrant ainsi la voie à la signature, le 19 juin, du pacte traître par Argollo.

L’ÉTAT D’EXCEPTION D’UN GOUVERNEMENT SOUTENU PAR LA DIRECTION DE LA COB

À la suite de cet accord, la direction de la COB a ordonné la levée des mesures de pression et la lutte s’est essoufflée. Sur les 150 points de barrage qui existaient au plus fort de la lutte, il n’en restait plus que 12. Les paysans et les comités de quartier d’El Alto ont accusé la bureaucratie de la COB de trahison. Ils ont néanmoins tenu leurs assemblées respectives et, au bout de trois jours, ont levé les derniers barrages.

Le gouvernement a déclaré l’état d’exception alors même que la lutte s’essoufflait. Il est mensonger de prétendre que c’est la répression qui a mis fin à la manifestation. Il n’avait pas la force de s’imposer après avoir essuyé trois défaites lors de ses offensives militaires et fascistes. C’est la direction de la COB qui a démantelé la mobilisation et a donné carte blanche à Paz pour gouverner. Elle s’est ainsi constituée à nouveau en pilier de soutien de ce dernier.

L’accord a accordé au gouvernement un répit de trois mois et l’a exhorté à négocier avec la COB la libération des détenus, à ne pas engager de persécutions politiques à l’encontre des dirigeants et à préserver le droit de manifester, à s’engager à ne pas privatiser les entreprises publiques ni céder les ressources naturelles à des intérêts privés nationaux ou internationaux, de ne pas s’ingérer dans les affaires intérieures en respectant la souveraineté nationale et de refuser tout engagement auprès d’organismes financiers internationaux tels que le FMI, de garantir l’approvisionnement en carburant de qualité à des prix stables, ainsi que l’indemnisation des transporteurs pour les dommages causés par du carburant de mauvaise qualité. La protection du panier de la ménagère, du pouvoir d’achat des salaires et de la stabilité de l’emploi. La révision de la loi n° 065 sur les retraites afin de répondre à la demande de la COB d’une retraite à 100 % du salaire, ainsi que la mise en place de groupes de travail pour traiter le cahier de revendications de la COB comprenant plus de 100 points et le respect des zones protégées afin de préserver l’environnement, entre autres exigences.

Cependant, cet engagement n’était qu’une supercherie utilisée comme prétexte pour rétablir la gouvernabilité à La Paz. Une fois le double pouvoir de la rue neutralisé, le gouvernement a rompu l’accord en déclarant l’état d’exception pour une durée de trois mois – soit exactement le temps que les dirigeants lui avaient accordé comme trêve – et a lancé une nouvelle vague de persécutions ciblées contre les dirigeants. Plus de 500 personnes ont été arrêtées au cours des 50 jours de lutte et n’ont toujours pas été libérées.

La bureaucratie d’Argollo figure sur la liste des personnes visées par la répression, mais ses membres n’ont pas été arrêtés et gardent un silence complice. Le plan d’austérité pro-impérialiste se poursuit avec de nouveaux décrets augmentant les tarifs de l’eau et de l’électricité ; la dévaluation du boliviano face au dollar a été officialisée, un pas de plus a été franchi en faveur de la privatisation avec la libre importation d’hydrocarbures, tandis que la pénurie de carburant et la crise de l’essence polluée persistent.

Néanmoins, les manifestations contre ces dernières mesures envahissent les rues par secteurs, d’ouest en est du pays : les transporteurs protestent contre la pénurie de carburant, des centaines de personnes se mobilisent contre la hausse des remboursements de crédits et des prix fonciers due à la nouvelle dévaluation du boliviano face au dollar. Les dénonciations publiques des tarifs élevés des services de base se transforment en une nouvelle vague de protestations des masses contre le gouvernement.

L’état d’exception n’est pas respecté et la seule chose que Paz puisse faire est de poursuivre judiciairement les dirigeants sans libérer les détenus, mais il lui est impossible d’écraser les masses, car si le double pouvoir a été momentanément démantelé, le mouvement n’a pas été physiquement vaincu et peut resurgir face aux provocations. Le gouvernement reste faible.

POUR DES ASSEMBLÉES DÉMOCRATIQUES AFIN DE RÉORGANISER LES FORCES EN VUE DE PRENDRE LE POUVOIR.

Dans un contexte où les masses n’ont pas été écrasées et où les nouvelles manifestations affaiblissent l’état d’exception, alors que le gouvernement ne tient plus grâce à son pacte avec la COB, il est possible de réorganiser les forces en vue du prochain combat, qui aura probablement lieu à l’issue de la trêve de trois mois. Octobre arrivera avec le souvenir de la révolution de 2003 qui a renversé le gouvernement néolibéral de Sánchez de Lozada. La classe ouvrière doit se préparer à la troisième phase de la lutte.

Pour cela, il faut rétablir les relations entre la paysannerie et le prolétariat, qui ont été compromises par la bureaucratie traîtresse. Il faut reconstruire la COB, en séparant la trahison de sa direction de sa capacité à être un organe du double pouvoir des masses. Cette dernière qualité doit être préservée, car aucun autre organe de pouvoir n’est encore apparu dans la lutte.

La tâche principale de cette période reste la réorganisation de la classe ouvrière en vue de la prise du pouvoir. Si cette tâche n’est pas clarifiée, les mobilisations risquent d’être épuisées et trahies à nouveau par les directions.

Depuis le Mouvement socialiste des travailleurs, organisation qui a été présente dans les luttes pour chasser Arce, en luttant pour une nouvelle direction révolutionnaire lors du Congrès de la FSTMB et du Congrès de la COB, en défendant les propositions de pouvoir ouvrier et paysan pour obtenir la démission de Paz, en participant à la grève générale contre le décret n° 5503 et aux assemblées de la COB de décembre à juin, nous appelons à lutter pour la mise en place d’assemblées démocratiques dans chaque syndicat afin de dresser un bilan exhaustif de ces 50 jours de combat. Que les directions se soumettent à l’évaluation de la base, comme il se doit en démocratie. Que les assemblées sectorielles débouchent sur la grande assemblée de la COB afin de réorienter et d’encourager la lutte en vue de la prise du pouvoir. Lutter pour le droit des travailleurs et travailleuses à s’organiser en comités de base au sein de chaque syndicat et de la COB afin de mener des débats démocratiques et de préparer la lutte à venir.

Le gouvernement tente d’imposer de nouveaux trains de mesures pro-impérialistes contre les majorités exploitées et opprimées ; il sait très bien qu’une prochaine grande lutte se profile, c’est pourquoi il cherche à se protéger en relançant l’examen de la loi anti-blocages au Parlement.

Il est donc impératif de se réorganiser en vue de la prise du pouvoir, de libérer la COB de la trahison de la bureaucratie en dressant des bilans clairs lors d’assemblées démocratiques et de reprendre la lutte. Il convient d’organiser un congrès d’urgence, mais véritablement démocratique, pour voter la prise du pouvoir et la formation d’un gouvernement ouvrier, paysan et populaire, en laissant derrière nous les thèses politiques qui n’ont pas anticipé la montée révolutionnaire actuelle contre Paz. Mais il faut préserver les acquis, tels que le mandat du congrès sur l’indépendance de classe, le refus de tout soutien à un gouvernement bourgeois et la construction du Parti des travailleurs de la COB, résolutions que la direction actuelle a bafouées.

Le MST lance un appel fraternel à l’avant-garde combative pour construire ensemble la direction révolutionnaire dans la perspective d’un véritable gouvernement de la classe ouvrière.

Pour la défaite de l’état d’exception déjà affaibli ! Mettons fin à la persécution sélective des dirigeants ! Liberté pour les détenus et les détenues ! À bas l’austérité pro-impérialiste et les lois capitulardes ! Luttons contre le pillage de nos ressources ; pour la restructuration de l’appareil productif sous contrôle ouvrier démocratique. Pour une véritable nationalisation des ressources naturelles et une authentique industrialisation, avec un impact positif sur les secteurs minier, des hydrocarbures, de l’électricité, du lithium et du mutún, entre autres. Luttons pour l’expulsion de l’impérialisme. Pour un nouvel État ouvrier et paysan qui établisse le monopole du commerce extérieur au service du pays. Luttons pour une retraite correspondant à 100 % du salaire de référence, avec une échelle mobile, sous la gestion totale de la classe ouvrière. Pour une véritable augmentation salariale garantissant un panier de consommation décent, avec une échelle mobile adaptée à l’inflation ; la réintégration immédiate des travailleurs licenciés ; l’emploi pour tous avec une échelle mobile des heures de travail ; le rétablissement de l’autonomie universitaire afin de forger des liens entre les étudiants et le peuple travailleur ; l’expropriation des nouveaux latifundios ; le respect et l’accès à la terre pour les paysans et les peuples autochtones, entre autres revendications qui constituent le programme de la révolution socialiste.

La Paz, le 13 juillet 2026

Mouvement socialiste des travailleurs de Bolivie

Références et notes :

[1] El Deber. (2024, junio 11). Arce reconoce que “agobia” el incremento de precios de la canasta familiar.

[2] Correo del Sur. (2024, Agosto 12). Campesinos Túpac Katari piden la renuncia de Arce

[3] Resumen Latinoamericano. (2025, Mayo 30) Bolivia. Bloqueos, marchas y protestas exigen la renuncia de Luis Arce ante crisis económica.

[4] Documento político Fusionado: Capasirca, Manquiri y San Vicente, fue el escrito histórico asumido en el 33ª Congreso Minero.

[5] Desde el MST Bolivia contribuimos al debate proletario con el documento “Aporte al Nº33 Congreso de la FSTMB, donde caracterizamos la situación revolucionaria, la oportunidad de liberarse del aparato masista y la línea de construir el Partido de los Trabajadores de la COB para la toma del poder”.

[6] Neox Estudio Noticias. (2025, Junio 13). Campesinos del Norte Potosí se manifiestan indicando que no permitirán que Evo Morales vuelva a ser candidato.

[7] Agencia de Prensa Gráfica. (2025, Junio 13). Cabildo de Llallagua declaró persona no grata a evo morales

[8] Confederación General de Trabajadores Fabriles de Bolivia. (2025, octubre). Tesis Política.

[9] En octubre de 2025 el MST boliviano contribuyó al congreso obrero presentando el documento: “Tesis para el XVIII congreso de la COB”.

[10] MST Bolvia. (2025, octubre). Balance Revelador de las Elecciones en Bolivia.

[11] Éxito Noticias. (2026, enero 11). “Él se ha vendido”: Pochos Rojos atacan vehículo de Mario Argollo y rechazan acuerdo con el Gobierno.

[12] Educación Radiofónica de Bolivia – ERBOL. (2026, enero 13) COB informa que el Decreto 5516 fue consensuado y se declara orgullosa del ‘deber cumplido’.

[13] Wara TV Señal Satelital. (2026. Mayo, 6). Organizaciones sellan pacto de “no traición” y radicalizan bloqueos exigiendo la renuncia de Rodrigo Paz.

[14] Wara TV Señal Satelital. (2026. Mayo, 6). Organizaciones sellan pacto de “no traición” y radicalizan bloqueos exigiendo la renuncia de Rodrigo Paz.

[15] Wara TV Señal Satelital. (2026. Mayo, 6). Organizaciones sellan pacto de “no traición” y radicalizan bloqueos exigiendo la renuncia de Rodrigo Paz.

[16] Tele Estrella Noticias. (2026. Mayo 30). Zambrana: Bloqueadores gobiernan Bolivia.

[17] Agencia de Noticias Fides (2026, mayo 26). Policía reporta 150 puntos de bloqueo en el país y descarta otro corredor humanitario por intransigencia de movilizados.

[18] Comité Cívico Pro Santa Cruz. (2026, mayo 24). Última Advertencia al presidente Rodrigo Paz y su Gabinete.

[19] Agencia Boliviana de Informaciones. (2026, mayo 24). Ministro Zamora llega a La Paz tras tercera emboscada en Tilata durante retorno de caravana humanitaria.

[20] Visión 360. (2026. Junio 6) Presencia de la Unión Juvenil Cruceñista en el desbloqueo suma críticas y eleva la tensión en San Julián.

[21] Bolpress. (2026. Junio 6). Policías, militares y unionistas fracasan en desbloqueo en San Julián; 32 heridos, cinco por bala y un posible muerto.

[22] Unitel. (2026. Junio 6). Así quedó la estación policial de San Julián tras el repliegue de uniformados

[23] Wara TV Señal Satelital. (2026. Mayo 30) Zambrana, vicepresidente del Comité Cívico Pro Santa Cruz: “Los bloqueadores gobiernan Bolivia”.