Au Brésil, la lutte pour la réduction du temps de travail, sans baisse de salaire, ne cesse de prendre de l’ampleur et s’impose comme un cheval de bataille pour de larges pans de la classe ouvrière. Aujourd’hui, le 27 mai, cette mobilisation a remporté une victoire importante en obtenant un premier vote à la Chambre des députés en faveur de la limitation de la semaine de travail à 40 heures, ce qui constitue un pas en avant pour mettre fin au régime de 6 jours de travail pour 1 jour de repos (6×1) et légaliser un régime de 5 jours de travail pour 2 jours de repos (5×2).

Par Verónica O’Kelly

L’adoption de la PEC (Proposition d’amendement constitutionnel) visant à réduire le régime hebdomadaire de travail 6×1 au sein de la commission spéciale, et qui fait déjà l’objet d’un débat à la Chambre des députés, représente une importante victoire partielle pour la classe ouvrière brésilienne. Après des années de précarisation extrême des conditions de travail, des millions de travailleurs et travailleuses ont réussi à placer au centre du débat national une revendication historique : la réduction du temps de travail sans baisse de salaire.

Le texte approuvé en commission limite le nombre d’heures hebdomadaires à 40 (contre 44 actuellement) et s’oppose à un régime brutal qui condamne la majorité de la classe ouvrière à vivre pour travailler, sans temps pour le repos, les loisirs, les études, la vie familiale ou l’organisation politique. Toutefois, le chemin menant à la concrétisation de cette mesure reste encore long. La PEC doit encore être approuvée lors de deux votes à la Chambre des députés et au Sénat, à la majorité qualifiée, avant d’être promulguée et de devenir une réalité concrète.

L’histoire nous enseigne que les droits se conquièrent par la lutte

L’expérience historique démontre qu’aucune conquête des travailleurs n’est venue de la bonne volonté des institutions de la démocratie bourgeoise. Tout ce qui a été accompli jusqu’à présent est le fruit de la pression sociale, de l’indignation accumulée et de la mobilisation de millions de personnes qui ont commencé à remettre en cause l’un des piliers centraux de l’exploitation capitaliste.

La lutte pour la réduction du temps de travail sans baisse de salaire a toujours été un mot d’ordre historique du mouvement ouvrier, car elle touche directement au mécanisme fondamental de fonctionnement du capitalisme : l’appropriation de la plus-value. Chaque heure de travail arrachée aux travailleurs sans rémunération correspondante est une source de profit pour les patrons. C’est pourquoi toute réduction du temps de travail représente une contestation concrète de la logique d’exploitation permanente imposée par le capital.

C’est précisément pour cette raison que cette revendication a pris tant d’ampleur parmi la jeunesse ouvrière, les secteurs précarisés et ceux soumis aux journées épuisantes du commerce, des services, du télémarketing, des applications, de la logistique et de l’industrie. Le rythme de travail hebdomadaire 6×1 détruit physiquement et mentalement des millions de personnes pour garantir les profits des banques, des grandes entreprises et des multinationales.

Après une défaite brutale, l’extrême droite « se réorganise » et tente de reprendre l’initiative politique

Un autre élément qui est apparu au grand jour lors de l’examen de la PEC a été l’opportunisme de l’extrême droite. Face à une revendication devenue un véritable cheval de bataille populaire dans le pays, des secteurs de la droite et de l’extrême droite ont tenté de « prendre le train en marche » de la mobilisation populaire afin d’éviter l’usure politique liée au fait de s’opposer frontalement à une revendication profondément ressentie par la classe ouvrière. Après tout, voter ouvertement en faveur de la semaine de travail 6×1 aurait un coût politique et électoral énorme.

C’est pourquoi certains d’entre eux, comme le néfaste Nikolas Ferreira, se sont mis à brandir de manière démagogique la proposition de la semaine de 4×3 (4 jours de travail et 3 de repos), une revendication à laquelle ils s’opposent également dans la pratique, puisqu’ils représentent directement les intérêts patronaux et ont toujours été du côté des attaques contre les droits du travail. Il s’agissait d’une manœuvre calculée : défendre une proposition dont ils savaient qu’elle ne serait pas votée à ce moment-là, dans le seul but de tenter de capitaliser sur l’énorme soutien populaire en faveur de la réduction du temps de travail, sans rompre en quoi que ce soit avec les intérêts des entrepreneurs et des grands exploiteurs de la main-d’œuvre.

Continuons à nous mobiliser pour les droits qui nous manquent !

Le progrès obtenu aujourd’hui est important et mérite d’être célébré. Mais nous ne pouvons pas faire confiance aux institutions ni aux partis de l’ordre établi. Le gouvernement de Lula et le PT eux-mêmes ont revu à la baisse la revendication initiale présentée dans les rues et sur les lieux de travail. Le slogan de la journée 4×3, qui exprimait une réduction plus profonde et nécessaire, a été progressivement remplacé par une proposition plus limitée, résultat de la logique permanente de négociation et de conciliation avec la droite patronale organisée au sein du « centrão ».

C’est là qu’apparaît, une fois de plus, une différence stratégique fondamentale. Alors que nous défendons l’idée que les droits des travailleurs progressent grâce à la mobilisation indépendante de la classe, Lula et le PT continuent de miser sur la conciliation avec les secteurs responsables des attaques historiques contre les droits sociaux. Et chaque fois que cette logique prévaut, nos revendications sont revues à la baisse, adaptées et modérées pour s’inscrire dans les accords du régime.

C’est pourquoi cette première étape doit servir non pas à démobiliser, mais à donner un nouvel élan à la lutte. Aujourd’hui, nous célébrons cette victoire partielle arrachée par la force de la mobilisation populaire. Mais nous continuons à lutter jusqu’à ce qu’elle se concrétise pleinement et jusqu’à ce que nous obtenions la véritable réduction du temps de travail que nous défendons : la semaine de 4 jours, pour que nous travaillions moins, que nous travaillions tous et que nous puissions vivre dans la dignité.